Edito

 

par Jean René LOUBAT,

OPERATEURS INNOVANTS,

 

 

UN NOUVEAU PARADIGME DECOULANT DE LA REVOLUTION ECOLOGIQUE DES ANNEES SOIXANTE-DIX

 

          La logique de parcours s’affirme comme le nouveau paradigme de l’action sociale et médico-sociale en faveur des personnes fragiles et en situation de handicap. Cela invite ces secteurs d’activité à revisiter leurs modes de réponse aux attentes et besoins de leurs bénéficiaires, qu’il s’agisse des prestations délivrées en elles-mêmes ou de leurs modes conséquents d’organisation et de management. 

Engagé dès lors dans une mutation profonde, le secteur médico-social se trouve à la recherche de son nouveau modèle organisationnel et réinterroge ses leviers d’actions. La configuration en plateforme de services intégrés, associée à de la coordination de parcours, semble être à même d’apporter une réponse souple, modulaire et personnalisée aux divers parcours des personnes concernées.

Cette nouvelle approche doit nous permettre de dépasser les clivages, pré-carrés et autres chapelles afin de raisonner « réseau collaboratif sur un territoire donné » et surtout de redonner du pouvoir (empowerment) aux personnes accompagnées pour leur permettre de piloter réellement leur parcours de vie.

Ce travail en réseau territorial de proximité doit amener les institutions médico-sociales à redéfinir leurs frontières, y compris leurs « murs », leur objet social et leur forme juridique. Ce processus par ailleurs doit inclure de facto le client/bénéficiaire/citoyen, qui demeure au regard de la loi le seul propriétaire de son projet et parcours de vie.

 

        Faire de la personne, de son parcours et de ses attentes les éléments transcendants toute forme d’organisation et d’accompagnement demeure un défi majeur à relever

 

       Chaque situation personnelle s’avérant complexe, répondre à ses exigences ne saurait impliquer un seul opérateur-prestataire mais toutes les ressources nécessaires de l’écosystème de la personne concernée. L’accompagnement de son parcours de vie requiert une mise à disposition rapide de ressources préalablement repérées et aisément mobilisables à la demande de la personne elle-même.

Cette volonté d’utiliser au maximum les ressources de proximité et du droit commun répond également à l’impératif majeur de « déspécialiser et déségréguer » le secteur médico-social, ce qui fait de la France une exception et une aberration parmi les grands pays développés (Cf. la « Recommandation européenne pour la désinstitutionalisation des enfants handicapés » et le rapport de l’ONU de Madame Devandas Aguilar). 

         Actuellement, les politiques publiques affirment enfin des orientations en ce sens et incitent à des démarches conséquentes : réponse adaptée pour tous, plateforme territoriale d’appui, projet d’accompagnement global. Mais ces démarches ont-elles été pensées par et pour les institutions « installées » ou par et pour les personnes concernées ? La crainte de bousculer, voire de remettre en cause des organisations qui se sont construites au lendemain des lois de 1975 et qui ont apporté de véritables réponses à une époque où peu de choses existaient, laisse encore aujourd’hui l’effectivité de l’inclusion tant souhaitée au milieu du gué.

[1] Ce texte s’est appuyé sur une contribution de Khaled BELMEKKI.

 

Président d’Honneur du Think Tank

CONNECTEZ-VOUS LES UNS AUX AUTRES

 

EN FINIR AVEC FINESS

 

       En matière de réponse et de prise en compte des besoins des personnes fragiles et en situation de handicap, l’approche actuelle est encore trop éloignée de ce nouveau paradigme, que ce soit du point de vue des organisations (sanitaires, médico-sociales et sociales), des pratiques d’intervention et même du cadre réglementaire. Tout incite à la multiplicité, à la division, à l’amoncellement de dispositifs et d’institutions qui se reproduisent par scissiparité et finalement participent à un criant manque de lisibilité pour les utilisateurs.

       Face à ces impératifs et pour répondre à ces nouvelles aspirations, des opérateurs tentent tant bien que mal de construire de nouvelles réponses et ce quel que soit les publics et leurs situations. L’entreprenariat social n’hésite pas à utiliser toutes les formes juridiques et organisationnelles, mobilisant de nouvelles sources de financement publiques et/ou privées afin d’agir au plus près des aspirations et des besoins des personnes concernées.

La réponse de demain aux personnes en situation de handicap devra être une réponse de droit commun (mainstreaming) permettant l’égalité de droit avec n’importe quel citoyen, elle devra obéir à une modalité commune d’obtention de réponses sur la base d’une évaluation de leur situation – indépendamment de toute catégorisation arbitraire, elle devra leur permettre le choix de leurs réponses, modalités et prestataires comme c’est déjà le cas dans certains pays. 

 

L’intérêt d’un think tank comme Parcours & Innovations

 

       Un think tank représente un cercle de réflexions, un laboratoire d’idées. Il n’a pas vocation à constituer une entreprise, une fédération, une communauté représentative de quelques intérêts que ce soit. L’idée initiale qui a présidé à la fondation de Parcours & Innovations était de relier entre eux des acteurs qui partageaient les options citées plus haut et qui tentaient de les mettre en œuvre afin qu’ils se sentent moins isolés, qu’ils puissent disposer d’un espace d’expression et capitaliser leurs expériences.

      Depuis 4 années, d’existence, nous avons engrangé nombre d’idées et d’expériences, avons organisé deux colloques originaux qui ont beaucoup mobilisé et ont été très appréciés, avons produit divers articles et contributions ; nous avons également évolué en termes de propositions et rencontré divers acteurs du secteur, y compris au plus haut niveau (Comité interministériel pour le handicap, ANAP), pour leur en faire part.

        Parcours & Innovations tient à sa liberté de parole, ses adhérents sont des personnes physiques qui n’engagent qu’elles-mêmes. L’engagement de chaque adhérent est à la hauteur de ce qu’il souhaite. Parcours & Innovations n’est ni un clan, une chapelle, un parti, ou une éminence grise…

Nous n’avons pas d’autre objectif que de faire progresser les idées. Aussi, toute personne se sentant concernée par l’action médico-sociale à divers titres : administrateur, bénéficiaire, professionnel, acteur du droit commun, élu ou autre, partageant les valeurs précitées et soucieux de faire avancer les choses en ce sens peut adhérer et contribuer au travail de réflexions de Parcours & Innovations.

 

[1] FINESS (Fichier national des établissements sanitaires et sociaux). Rappelons que le nombre de catégories d’ESMS n’a cessé d’augmenter depuis la loi n° 75-535 du 30 juin1975 relative aux institutions sociales et médico-sociale avant d’être réduit par le décret n° 2017-982 du 9 mai 2017.