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Avenir du SMS et libéralisation : menace ou opportunité ?

par Pascal FRICK


SERAFIN-PH : Services et Établissements : Réforme pour une Adéquation des Financements aux Parcours des Personnes Handicapées.


La réforme SERAFIN-Ph, même si,de par son seul nom, affirme son intention de ne financer que l’accompagnement strictement nécessaire aux besoins de la personne en situation de handicap dans la construction et la réalisation de son parcours de vie, il n’en demeure pas moins que cette évolution n’est que la partie émergée d’une évolution sociétale de fond et que pour mettre en œuvre cette réforme, la faire sienne et ne pas la subir, il est impératif de lui donner sens et cohérence, au-delà de notre culture et de nos représentations actuelles; il faut imaginer, penser, concevoir demain.


Pour concevoir et réaliser son parcours de vie au cœur de la cité,la personne en situation de handicap, et plus largement de dépendance, peut avoir besoin mais également le droit de demander des accompagnements particuliers, voire spécialisés, lui permettant de trouver sa

place dans le droit commun.Ces accompagnements prennent la forme de prestations complétant celles déjà apportées par les aidants ou délivrées par les acteurs du droit commun : on est bien là dans la logique besoins-prestations de la réforme SERAFIN-Ph.


Mais cette démarche nouvelle entraine par conséquent la fin de la fameuse «prise en charge

globale», privilège actuel de nos institutions médicosociales. Dès lors, la globalité est une construction individuelle n’appartenant qu’à la seule personne et non plus à l’institution : c’est très certainement le changement de paradigme le plus important; les structures SMS doivent donc se préparer à apporter par de la souplesse, de la réactivité et une bonne part de créativité d’imagination et d’innovations, des prestations d’accompagnement individuelles, complémentaires, choisies, voulues, partagées et ciblées, afin que la personne puisse se construire de manière globale et bâtir ainsi son projet de vie avec le plus d’autonomie possible.


C’est permettre à la personne en situation de handicap de passer d’un statut de «SUJET DE

SOIN» à qui l’institution, avec toutes ses compétences, permet de VIVRE en répondant à ses

besoins biologiques et physiologiques à celui de «SUJET DE DROIT» pouvant prétendre à EXISTER en bénéficiant et partageant un patrimoine humain commun fait de passions, d’émotions, de désirs, de peurs et d’échecs, de réussites et de reconnaissances ...


Il s’agit donc pour nos institutions et leurs différentes structures et services de passer d’un statut d’«ORGANISATEUR» à celui, plus modeste mais non moins tout aussi important, de «CONTRIBUTEUR» et donc de devenir des acteurs privilégiés du droit commun apportant des réponses particulières sous forme de prestations spécialisées.


Mais il n’est pas question de placer dans une sorte d’opposition les personnes et situation de handicap et les institutions, opposition d’autant plus stérile que ne se situant pas sur le même plan : d’une part, des personnes avec leurs besoins et leurs droits légitimes et fondamentaux et d’autre part des opérateurs n’étant en sorte que des outils mettant des moyens humains et des compétences techniques au service des premiers.


Dès lors, nous pouvons nous poser la question de savoir si ces prestations doivent rester réservées aux personnes en situation de handicap ou accessibles aux personnes en situation de dépendance, voire à toutes ?


Mais si cette évolution conduit le SMS à devenir un acteur spécialisé du droit commun, offrant de prestations particulières, il va dès lors se positionner sur un marché bien plus libéral et ouvert qu’actuellement où la marchandisation du handicap et d’une manière plus large de la dépendance entrainera une forte menace, avec une mise en concurrence féroce, à l’instar du secteur du soin et de la santé. Pour contrer ce risque, il est nécessaire d’agir sur trois facteurs principaux en :

  • Affirmant et démontrant nos compétences et expertises particulières, basées sur une longue expérience ainsi que des innovations et expérimentations successives ; en terme de management et de conduite du changement, il faut absolument s’appuyer sur les compétences reconnues de nos professionnels en les amenant à les décrire et à les évaluer, tout en les encourageant à les développer.

  • Décrivant avec précision les prestations que nous sommes en mesures d’assurer et/ou d’assembler ; il ne s’agit non pas uniquement de décrire le contenu de ces prestations et des compétences nécessaires à leur mise en œuvre, mais aussi de lister les effets attendus pour pouvoir ensuite en évaluer les résultats et analyser les prestations manquantes au regard des besoins plus finement identifiés des personnes accompagnées.

  • Développant des réseaux partenariaux d’opérateurs militants sous forme de «HUB» de prestataires, tant du droit commun que du secteur médico-social, et offrant ensemble une palette de prestations la plus large et ouverte possible ; et pour à la fois garantir une continuité du parcours de chacune des personnes accompagnées, mais également assurer le lien entre ces différents acteurs, un «service» de Coordonnateurs de Parcours et de Projets, commun et partagé mais indépendant de chaque opérateur pour en garantir la neutralité, doit être proposé.


Cependant, même si la conduite de ce changement passe par une reconnaissance

des compétences de nos institutions et de leurs professionnels,il n’en demeure pas moins que nous sommes face à une évolution beaucoup plus profonde qui vient fortement réinterroger l’ensemble de nos métiers ; ce passage de l’entre soi à un milieu totalement ouvert, d’une organisation verticale à un fonctionnement horizontal et participatif impacte de manière très importante nos relations interprofessionnelles, les compétences attendues, notre positionnement professionnel et notre périmètre d’action : nous devons accepter de perdre l’exclusivité de l’accompagnement des personnes en situation de handicap et donc une certaine forme de toute puissance pour une complémentarité de compétence et d’action. Nous ne pouvons plus travailler entre professionnels du SMS mais impérativement avec tous les acteurs et aidants qui croisent et accompagnent à un moment ou à un autre la personne en situation de handicap.


Cela entraîne irrémédiablement une profonde évolution des métiers, au risque de disparaitre: ainsi, par exemple, que sera demain la fonction de l’Éducateur Spécialisé, du Moniteur Éducateur s’il n’est pas en mesure de démontrer la plus-value qu’il apporte à l’accompagnement dans les structures de droit commun de la personne en situation de handicap, et donc la transmission de connaissances et le partage de compétences auprès des autres acteurs, avant d’être ensuite en capacité de progressivement se retirer ?

Autre exemple significatif, celui des fonctions d’encadrement qui doivent évoluer vers du management, de l’animation d’équipe, de l’organisation de prestations et de la gestion administrative.

Et chaque métier peut et doit être ainsi réinterrogé, sans pour autant remettre en cause leurs

compétences propres, mais en donnant sens à leur évolution.

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